Les épisodes de chaleur intense s’installent durablement dans le paysage climatique français. Selon Météo-France, d’ici 2100, les vagues de chaleur dans l’Hexagone pourraient durer jusqu’à deux mois consécutifs ; pour les entreprises, la canicule n’est ainsi plus un aléa ponctuel mais un risque structurel qui affecte directement la santé des salariés et l’organisation du travail.
Lorsque le thermomètre grimpe, à quoi l’employeur est-il réellement tenu ?
Le Code du travail prévoit déjà que l’employeur doit « prendre toutes les mesures nécessaires » pour préserver la santé physique et mentale de ses salariés. Ce principe est inscrit à l’article L4121-1 du code du travail.
Episode de chaleur intense : de quoi parle-t-on exactement ? :
Cette notion, précise le texte, se définit en référence aux seuils de « vigilance pour canicule » mobilisés par Météo France et mentionnés dans un arrêté en date également du 27 mai. Pour mémoire, le niveau vigilance :
- verte n’appelle pas à une vigilance particulière ;
- jaune correspond à un pic de chaleur de courte durée (1-2 jours) et présente un risque pour les populations fragiles ou surexposées ;
- orange révèle une période de canicule, c’est-à-dire une période de chaleur intense et durable susceptible de constituer un risque sanitaire pour l’ensemble de la population exposée ;
- rouge évoque une période de canicule extrême, c’est-à-dire exceptionnelle par sa durée, son intensité, son extension géographique et présente un fort impact sanitaire pour l’ensemble de la population.
Aussi, l’épisode de chaleur intense correspond à l’atteinte du seuil de niveau de vigilance « jaune », « orange » ou « rouge ».
Les « périodes de canicule », qui ouvrent droit au bénéfice de l’indemnisation des arrêts de travail dans les entreprises du BTP, se caractérisent par l’atteinte du seuil des niveaux de vigilance orange ou rouge.
Ce que les employeurs doivent mettre en place :
- Évaluer le risque chaleur dans le DUERP
Depuis le 1er juillet 2025, l’évaluation du risque lié aux chaleurs est obligatoire dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Elle doit être mise à jour régulièrement, notamment avant et pendant la saison estivale.
- Assurer un accès permanent à de l’eau fraîche et potable
L’employeur doit mettre à disposition de l’eau fraîche et potable, à proximité des postes de travail et tout au long de la journée. Si un maintien au frais de l’eau n’est pas possible, il doit prévoir au moins 3 litres d’eau par salarié et par jour, en particulier pour les postes extérieurs.
- Maintenir une température adaptée dans les espaces de travail fermés
Conformément à l’article R. 4223-13 du Code du travail, les locaux devront désormais être maintenus à une température compatible avec l’activité exercée et l’environnement dans lequel les salariés évoluent.
- Tenir compte de l’état de santé et de l’âge des salariés
L’employeur a l’obligation d’adapter les missions et les conditions de travail en fonction de l’âge, de la condition physique ou de la vulnérabilité médicale des salariés exposés à la chaleur, en liaison avec le service de médecine préventive.
- Adapter les conditions de travail et les équipements
En application de l’article R. 4463-3 du Code du travail, d’autres mesures concrètes de prévention doivent être prévues :
- Aménagement des horaires de travail (évitement des heures les plus chaudes),
- Adaptation des EPI (équipements de protection individuelle) aux fortes chaleurs,
- Augmentation de la fréquence des pauses,
- Réduction de la charge physique de travail si nécessaire.
- L’information et la formation des salariés sur le risque lié aux fortes chaleurs.
- Organiser le signalement des symptômes liés à la chaleur
L’employeur doit prévoir des modalités claires de signalement de tout indice physiologique préoccupant, tels que vertiges, maux de tête, nausées, confusion, afin d’agir rapidement pour éviter les coups de chaleur ou autres pathologies graves, en particulier pour les salariés en situation de travailleurs isolés ou éloignés.
Un contrôle renforcé de l’inspection du travail :
En cas d’inaction de l’employeur, l’inspection du travail pourra le mettre en demeure de se conformer à la réglementation, dans un délai minimal de 8 jours. Le ministère du Travail envisage par ailleurs d’étendre le pouvoir de suspension de l’activité par l’inspection (comparablement à celui qui existe pour les chantiers non sécurisés en hauteur), mais cette mesure nécessitera une loi.
Les salariés bénéficient eux aussi de voies de recours. Ils peuvent alerter l’Inspection du travail ou faire valoir leur droit de retrait face à un danger grave et imminent. Dans cette hypothèse, aucune retenue financière ne peut leur être imposée dès lors que le risque est avéré.
Les sanctions encourues par les entreprises peuvent être conséquentes. En cas de défaillance, l’employeur s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 10 000 euros par salarié concerné. En cas de récidive, elle peut grimper à 30 000 euros, assortie d’un an d’emprisonnement.
Avec des vagues de chaleur de plus en plus récurrentes, la prévention s’affirme comme un véritable enjeu stratégique pour les RH. La canicule au travail ne se résume plus à une simple question de confort : elle touche directement à la santé et à la sécurité des collaborateurs.
En résumé : les 6 obligations de l’employeur en période de canicule au travail
| Obligation | Ce que doit faire l’employeur |
| Évaluer les risques | Intégrer le risque chaleur dans le DUERP et adapter les mesures de prévention |
| Adapter les horaires | Décaler les horaires et éviter les heures les plus chaudes |
| Fournir de l’eau fraîche | Mettre de l’eau potable fraîche à disposition en quantité suffisante |
| Aménager les locaux | Installer ventilation, stores, climatisation ou zones d’ombre |
| Adapter l’organisation | Augmenter les pauses et réduire les efforts physiques |
| Informer les salariés | Sensibiliser aux risques de déshydratation et aux gestes de prévention |